Dans le but de favoriser l’accessibilité de nos webinaires, nous tenons à en fournir une transcription qui se veut fidèle aux propos tenus. Veuillez noter qu’il peut cependant y avoir des cas où il nous est impossible de saisir ce que dit l’intervenante ou l’intervenant. Si vous avez des questions ou des commentaires au sujet de la transcription, n’hésitez pas à communiquer avec nous à l’adresse [email protected].
Armand Capisciolto :
Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue à notre table ronde sur l’avenir de l’information financière. Pour celles et ceux qui n’étaient pas présents à notre première table ronde, je m’appelle Armand Capisciolto. Je suis président du Conseil des normes comptables. Que vous ayez assisté aussi à la première ou que vous vous joigniez seulement à celle-ci, sachez que cette table ronde sera vraiment intéressante. Je pense que la discussion sera très riche et très différente de celle de la première séance sur IFRS 18, qui portait sur un enjeu auquel les gens doivent faire face aujourd’hui.
Cette séance porte sur la direction que prend l’information financière. Elle porte sur l’avenir. Quand je pense à l’avenir et au monde dans lequel nous vivons actuellement, je vois un monde marqué par des changements importants, qu’ils soient technologiques ou géopolitiques, et par une grande incertitude. Certains de ces risques entraînent même une plus grande fragmentation de l’économie et une certaine démondialisation.
Certaines personnes pourraient demander : « Est-ce que cela change votre point de vue sur l’information financière mondiale? » Pour ma part, non. Même si nos économies deviennent peut-être plus fragmentées, l’investisseur, lui, demeure mondial. Et si l’investisseur est mondial, nous avons besoin d’un langage commun de l’information financière. C’est ce dont cette table ronde va traiter : la façon dont l’avenir de l’information financière peut évoluer pour que les investisseurs continuent de recevoir de l’information pertinente leur permettant de prendre des décisions d’investissement appropriées.
Sur ce, je vais céder la parole à Katharine Christopoulos, directrice du Conseil des normes comptables, qui va présenter et animer cette table ronde.
Katharine Christopoulos :
Merci, Armand. Pour celles et ceux qui n’ont pas écouté la première séance, vous devriez au moins aller écouter l’introduction d’Armand. C’était très bon. Je ne vous en dirai pas plus. Aujourd’hui, nous avons un excellent groupe d’intervenantes et d’intervenants. Encore une fois, nous parlons de l’avenir de l’information d’entreprise; nous voulions donc réunir différents points de vue.
À côté de moi se trouve Rika Suzuki, membre de l’IASB. À sa droite se trouve Erin Greenfield, président et gestionnaire de portefeuille chez Greenfield Investment Management – donc la perspective d’un utilisateur. Nous avons aussi Andre Besson, responsable des directives, information financière de groupe, chez Nestlé, et également membre de l’IFRIC. Enfin, Anita Cyr, au bout de la table, chef comptable de la British Columbia Securities Commission. Toutes les perspectives sont donc représentées.
Lorsque nous parlons de l’avenir de l’information d’entreprise, nous parlons non seulement de ce qui change, mais aussi de la façon dont ces changements touchent les différentes parties prenantes que vous voyez ici.
Armand et moi avons un peu voyagé récemment avec d’autres normalisateurs nationaux et avons participé à des rencontres internationales. Ce sujet est revenu très souvent dans les discussions, parce qu’il suscite beaucoup d’intérêt. Les temps changent à un rythme si rapide qu’il est utile de s’arrêter, de prendre du recul et de se demander : « Très bien, qu’est-ce que cela signifie? Qu’est-ce que cela signifie pour toutes les personnes concernées? »
Je vais donc commencer avec vous, Rika. Lorsque nous parlons d’états financiers et d’information d’entreprise, il s’agit d’un élément seulement de l’information utilisée par les investisseurs pour prendre des décisions. Selon vous, quels sont certains des principaux facteurs qui orienteront la normalisation dans un avenir rapproché?
Rika Suzuki :
Katharine, merci beaucoup pour cette excellente question.
Je pense que les états financiers ne constituent effectivement qu’un élément [rires], mais je crois qu’ils sont au cœur de l’écosystème de l’information d’entreprise. Le rôle des états financiers est de fournir un point de référence commun aux investisseurs. Cela signifie qu’ils améliorent l’information concernant la performance de l’entreprise. Pour cette raison, ils favorisent la compréhension de l’entreprise au fil du temps. Ils améliorent aussi la comparabilité de l’information entre les entreprises, ce qui permet aux investisseurs d’évaluer leur performance et leurs perspectives. Voilà pour un premier aspect.
Un autre aspect concerne probablement l’uniformité et la cohérence dans l’information d’entreprise. Comme vous l’avez mentionné, les états financiers ne sont qu’un élément. [rires] Il est donc très important de réfléchir à la façon dont l’information contenue dans les états financiers est reliée aux informations fournies dans les autres rapports d’entreprise. Comme nous devons répondre aux besoins des utilisateurs – qui sont diversifiés – et combler le manque d’information, il est presque impossible pour les états financiers de fournir toute l’information dont les utilisateurs ont besoin. Nous devons donc nous assurer que l’information est connectée entre les états financiers et les autres rapports d’entreprise.
Une autre chose à laquelle nous devons réfléchir maintenant est la consommation numérique de l’information. C’est un type de consommation très différent dont nous devons tenir compte, mais il est très important que les normes favorisent une information plus structurée et assurent le lien entre les éléments d’information à l’intérieur des états financiers ainsi qu’entre l’information contenue dans les états financiers et celle qui se trouve à l’extérieur.
L’objectif n’est donc pas de placer toute l’information possible dans les états financiers. Ce n’est pas notre rôle. Nous devons simplement nous assurer que la bonne information se trouve au bon endroit. Et la bonne information doit être reliée à celle qui est à l’extérieur des états financiers. Voilà les principaux éléments auxquels je pense.
Katharine Christopoulos :
Parfait. Merci, Rika. Je retiens aussi un point très important : les états financiers sont vraiment un point d’ancrage, n’est-ce pas, et ils permettent aussi de faire référence à des éléments à l’extérieur des états financiers.
Erin, je me tourne vers vous. Du point de vue d’un utilisateur, observez-vous des tendances quant aux types et à la quantité d’informations que vous utilisez pour prendre des décisions d’investissement? Cette utilisation a-t-elle évolué?
Erin Greenfield :
Je pense que l’une des plus grandes tendances au fil du temps a été le recours accru – pas nécessairement par moi, mais par les investisseurs en général – aux bases de données électroniques. De plus en plus d’investisseurs obtiennent leurs données financières de Bloomberg, Refinitiv, FactSet, Morningstar, S&P, etc., entre autres sources. Cette tendance se poursuit. Elle existe depuis longtemps, mais de plus en plus d’investisseurs obtiennent leur information de cette façon.
Si l’on regarde les montants investis sur le marché – les investisseurs quantitatifs, les investisseurs indiciels – une part importante de l’argent investi est entre les mains de personnes qui s’informent de cette manière. Ces investisseurs ne lisent pas les états financiers. Il y a aussi des sociétés quantitatives et des fonds spéculatifs qui obtiennent leurs données à partir de bases de données qui reposent elles-mêmes sur ces bases de données. Eux non plus ne lisent pas les états financiers. Je pense donc que c’est ça, la plus grande tendance.
Ce n’est pas ainsi que j’investis. Je suis un investisseur fondamental. Je lis encore les états financiers à l’ancienne, mais mon espèce est en voie de disparition. [rires]
Katharine Christopoulos :
C’est un peu inquiétant la façon dont vous le dites. [rires] Il y a maintenant plusieurs intermédiaires entre l’utilisateur et les données, quand on parle de ce qu’ils utilisent pour obtenir une partie de cette information et du degré de confiance accordé à certaines de ces informations.
Andre, je me tourne vers vous. Encore une fois, nous parlons des demandes d’information. Du point de vue d’un préparateur, est-ce que quelque chose a changé au fil du temps? Avez-vous rencontré des difficultés pour fournir cette information à certains de vos utilisateurs?
Andre Besson :
Je pense qu’il y a quelques années, la réponse facile aurait été la durabilité. Ce que je dirais maintenant, c’est que l’accent ou le point focal est peut-être passé de la durabilité en termes d’incidence à la durabilité en termes de modèle d’affaires et de résilience. Je pense que c’est là-dessus que certains investisseurs se sont concentrés dans les temps changeants dont vous et Armand avez parlé.
D’ailleurs, dans ces temps changeants, nous devons avoir la souplesse nécessaire pour présenter l’information de base, l’ossature de l’information. Un autre mot à la mode auparavant était « la base et le complément ». Il faut ensuite réfléchir à la façon dont ce complément évolue au fil du temps tout en maintenant l’intégrité et l’accent sur l’information de base, qu’il s’agisse d’information financière ou d’information non financière élargie, réglementée ou volontaire.
L’un des défis que nous observons est comment éviter d’ancrer dans nos pratiques, avec une certaine inertie, la communication d’informations qui étaient pertinentes quelques cycles auparavant, et comment s’assurer de fournir la bonne information dans cet écosystème d’information élargi. Nous devons donc nous adapter, tout en demeurant concentrés sur les exigences fondamentales, l’ossature.
L’autre sujet sur lequel nous sommes interrogés – et je pense que cela concerne tous les types d’organisations qui préparent des états financiers – est l’incidence de l’IA. On passe de la question de savoir comment l’IA aura une incidence sur une entreprise, à la question de savoir comment l’IA, ou d’autres changements technologiques, auront une incidence sur le secteur, les clients ou l’écosystème de cette entreprise. On passe donc d’un point de vue étroit sur l’IA à une réflexion plus large sur ses impacts. Voilà certaines des choses que nous voyons et entendons.
Katharine Christopoulos :
Merci, Andre. Pour ceux qui ont participé à la première table ronde ou qui l’ont écoutée, Brian, de l’Alberta Securities Commission, parlait de cette demande d’information toujours plus grande. Ce n’est pas que les préparateurs cherchent à obscurcir l’information, mais lorsqu’il y a tant d’information, qu’est-ce qui est important et qu’est-ce que les utilisateurs retiennent? Nous reviendrons à l’IA dans un instant, mais d’abord, Anita, je me tourne vers vous. Lorsqu’il est question de tous ces différents besoins d’information des utilisateurs, comment les autorités de réglementation suivent-elles le rythme de ces changements?
Anita Cyr :
Merci, Katharine. Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais situer un peu les choses. Lorsque nous parlons d’utilisateurs, il y a bien sûr des investisseurs institutionnels mondiaux. Je viens de la Colombie-Britannique. Notre province compte plus de sociétés ouvertes que toutes les autres provinces réunies, mais elles ont tendance à être petites.
Nous accueillons 54 % des sociétés ouvertes au Canada, mais cela ne représente que 12 % de la capitalisation boursière. On pourrait donc dire que la Colombie-Britannique est, en ce sens, un microcosme du Canada à l’échelle mondiale. Bien sûr, nous avons de grandes sociétés multinationales, mais nous avons aussi des investisseurs individuels dont l’attention porte sur ces petites sociétés. Nous les appelons des émetteurs émergents. Il s’agit d’un palier de sociétés en croissance pour lequel nous avons historiquement permis certains accommodements facultatifs en vertu de la législation en valeurs mobilières, en reconnaissant que leurs besoins et leurs priorités – donc l’équilibre entre les coûts et les avantages pour ces utilisateurs – diffèrent.
Cela ne s’est jamais étendu aux besoins en matière d’information financière, mais à mesure que les transactions et les normes gagnent en complexité, et que nous continuons de recevoir des commentaires sur l’état des marchés financiers et les coûts de conformité, c’est un sujet sur lequel nous travaillons. Il y a peut-être un intérêt pour une information financière différente pour ces types d’utilisateurs. On en voit déjà des exemples dans les délais de dépôt prolongés, et dans certaines mesures liées à la gouvernance d’entreprise, aux contrôles internes et à la composition des comités d’audit. Nous avons récemment instauré l’option de présentation semestrielle de l’information, ce qui montre déjà qu’il existe des besoins différenciés chez les investisseurs pour ces types d’émetteurs.
Quant aux tendances en matière d’information, on a déjà mentionné la rapidité et l’ampleur de l’information. Ce que nous voulons vraiment savoir, c’est si les investisseurs ont la capacité et la transparence nécessaires pour comprendre la source de cette information. Beaucoup d’obligations d’information ont été mises en place ou élaborées au tournant du siècle, si vous pouvez l’imaginer. Avons-nous donc les bonnes protections pour les investisseurs afin de nous assurer que l’information fournie est crédible et fiable?
Pour nous adapter à tout ça, nous essayons d’innover. Par exemple, pour la présentation semestrielle, nous avons utilisé une ordonnance générale. C’était une approche novatrice pour essayer d’apporter des changements au marché plus rapidement pendant que nous poursuivions nos travaux de réglementation.
D’autres exemples touchent la mobilisation de capitaux : nous avons élargi la dispense pour financement de l’émetteur coté. Les dispenses pour les émetteurs chevronnés bien connus – les WKSI – en sont un autre exemple. Nous avons aussi le CSA Collaboratory, qui est un cadre d’expérimentation réglementaire fondé sur des cohortes permettant aux participants au marché de tester différents concepts et modèles financiers dans un environnement réglementaire souple, avec l’encadrement du personnel des Autorités canadiennes en valeurs mobilières. C’est une façon pour nous d’évaluer les besoins changeants de notre marché, d’en être conscients et de rester à jour.
Je conclurai peut-être en disant que les changements sont constants. En tant que commission des valeurs mobilières, nous avons un vaste mandat et des pouvoirs réglementaires étendus accordés par nos gouvernements pour encadrer les marchés financiers. En contrepartie, nos gouvernements s’attendent à ce que nous soyons disciplinés lorsque nous adoptons des changements qui peuvent avoir une incidence sur l’exercice de ces pouvoirs. Nous nous appuyons donc sur les données. Lorsque les besoins des investisseurs évoluent, nous devons disposer des données nécessaires pour soutenir toute intervention réglementaire qui devrait avoir lieu. Ainsi, lorsque nous examinons l’évolution des besoins, nous le faisons dans le contexte plus général de notre mandat réglementaire.
Katharine Christopoulos :
Merci, Anita. Nous allons approfondir un peu la question de l’IA et de tous ces développements technologiques. En même temps, je pense qu’il existe des pressions en faveur d’une certaine comparabilité et d’une certaine cohérence à l’échelle du marché. Je reprends aussi un peu ce qu’Erin disait : beaucoup d’informations parviennent aux utilisateurs par l’intermédiaire d’agrégateurs de données. La cohérence demeure importante lorsqu’ils extraient des informations de ces sources; elle est même potentiellement encore plus importante, parce que l’on veut qu’ils captent des éléments très semblables.
Rika, je me tourne vers vous. Nous parlons de cette modernisation nécessaire pour suivre le rythme de ces développements, mais aussi de la nécessité de fournir une information pertinente, fiable et comparable. En tant que normalisatrice, comment abordez-vous l’équilibre entre ces deux forces qui se situent probablement à des extrêmes opposés?
Rika Suzuki :
Merci. Je pense que c’est un défi auquel nous sommes confrontés presque tous les jours [rires]. En même temps, depuis plus de vingt ans, les Normes IFRS de comptabilité constituent un langage commun. Même lors des difficultés importantes auxquelles le monde a été confronté, comme la crise financière et la COVID-19, nous avons réagi rapidement pour déterminer comment nous pouvions contribuer le mieux possible à la stabilité et à l’efficience des marchés financiers.
La confiance dans l’information – dans les états financiers – repose sur la confiance envers les Normes IFRS de comptabilité. L’IFRS Foundation et l’IASB célèbrent actuellement leur vingt-cinquième anniversaire. Cela signifie que nos parties prenantes ont déjà établi leurs pratiques d’application sur la base de nos normes. Même si nous devons suivre les changements et l’évolution de nombreux éléments, nous devons aussi continuer à fournir une plateforme stable dans l’écosystème de l’information d’entreprise. Nous devons donc trouver le meilleur équilibre entre cette stabilité et la réponse à l’évolution et aux changements du monde.
C’est un rôle difficile [rires] et un objectif très ambitieux en ce moment, mais nous avons des principes fondamentaux que nous suivons toujours. Le premier est l’approche fondée sur des données probantes. Les données probantes sont le premier élément. Nous vérifions si nous disposons de données probantes indiquant qu’une action est nécessaire. Si nous constatons que ces données existent, nous menons ensuite une vaste consultation auprès de toutes nos parties prenantes à l’échelle mondiale afin de vérifier que le besoin existe vraiment. Enfin, nous accordons toujours de l’importance à la proportionnalité. Nous examinons constamment et attentivement le rapport coûts-avantages, c’est-à-dire si les avantages des nouvelles modifications l’emportent sur les coûts de leur mise en œuvre. Nous suivons toujours ces points pour nous assurer que ce que nous faisons est approprié pour nos parties prenantes.
Katharine Christopoulos :
Merci, Rika. Je pense que cela revient presque à votre premier point, celui de l’ancrage et de la stabilité. Il faut écouter le marché, tout en sachant quand intervenir, parce qu’il serait impossible de réagir constamment aux changements sans jamais parvenir à accomplir le travail. Vous avez d’ailleurs un travail difficile [rires], un travail très difficile, lorsqu’il s’agit d’équilibrer les besoins à l’échelle internationale.
Andre, je me tourne vers vous dans ce même thème : comment équilibrer le changement et la cohérence? Ressentez-vous aujourd’hui une tension dans la pratique? Quelles parties de l’information financière sont les plus difficiles à adapter lorsque les attentes évoluent, et quelles sont celles où la souplesse est bienvenue?
Andre Besson :
Je dirais simplement que des normes de grande qualité facilitent la communication entre les entreprises et les investisseurs. Nous voyons vraiment l’objectif de la normalisation comme celui de fournir un cadre de communication qui encadre et facilite cet échange. En même temps, les entreprises souhaitent de la stabilité. Nous pouvons être disposés à accepter une norme moins pure sur le plan conceptuel, mais plus pragmatique. Je pense que le Conseil a démontré une réelle capacité à trouver cet équilibre.
Je dirais, après la déclaration obligatoire d’un préparateur, que ce n’est pas toujours parfait, mais il y a une tentative réelle, et le processus de consultation facilite cet équilibre entre les besoins des investisseurs, des préparateurs et des auditeurs, sur le plan de ce qui peut être fourni en matière d’information financière.
Comme je l’ai dit, la stabilité est importante, dans une certaine mesure, pour assurer l’équilibre entre progrès et amélioration – mais pas trop souvent, s’il vous plaît [rires]. C’est vraiment l’un des éléments clés.
Ce dont j’ai parlé concernant l’inertie que nous pouvons développer, c’est que les processus finissent par être intégrés aux systèmes, et lorsque les systèmes sont mis à jour ou modifiés, il devient aussi difficile de changer en même temps les méthodes comptables et les normes. C’est là que la fréquence des changements peut représenter un défi particulier.
L’autre difficulté se situe à l’extérieur du cadre de l’information financière : d’autres demandes imposées à l’organisation en matière d’information non financière, devenue obligatoire pour certains préparateurs, voire beaucoup de préparateurs, ainsi que l’environnement élargi de communication de l’information, par exemple le Pilier 2 du projet BEPS. Tout cela sollicite les ressources de l’entreprise, et ce sont souvent les mêmes personnes qui interviennent dans ces différents aspects de l’information. Je pense que nous pouvons devenir un goulot d’étranglement lorsque tous ces éléments convergent. Les normes comptables en sont une grande partie, mais cet environnement élargi de communication de l’information mobilise lui aussi cet ensemble limité de ressources.
Katharine Christopoulos :
C’est un excellent point, Andre. Oui, Rika et son Conseil pourraient lancer un projet demain, mais auriez-vous réellement le temps d’y répondre, de fournir des commentaires, puis de mettre en œuvre quelque chose une fois adopté? Il faut donc aussi trouver cet équilibre.
Anita, une question très semblable : lorsque vous examinez cet équilibre du point de vue d’une autorité de réglementation, y a-t-il certains aspects qui vous préoccupent, ou que vous aborderiez avec prudence, en ce qui concerne l’IA, tous ces développements et le besoin de cohérence, qui, je le sais, est très utile du point de vue réglementaire? Comment aborderiez-vous cela?
Anita Cyr :
Quand je vois l’évolution de la normalisation, j’en tire un certain réconfort. Je commencerai peut-être en disant que les normes fondées sur des principes sont assurément ce dont nous avons besoin dans notre marché. Nous avons besoin de souplesse pour les émetteurs qui, comme je viens de l’illustrer, ont des tailles différentes et évoluent dans des secteurs différents. Ils ont besoin de souplesse pour communiquer leur information, et je pense que les normes fondées sur des principes demeurent la bonne approche. Comme Rika l’a mentionné, la connectivité de l’information joue aussi un rôle très important.
Au Canada, nous avons des exigences obligatoires imposant la présentation d'un commentaire de la direction dans le rapport de gestion. Il s’agit d’un document dans lequel nous faisons directement référence aux états financiers, en disant qu’il s’agit d’une explication narrative de la performance de l’entreprise qui aide les investisseurs à comprendre ce que montrent et ne montrent pas les états financiers. Cette connectivité et cette souplesse sont donc très importantes.
Ce qui me préoccupe – et cela fait écho à la séance précédente –, c’est l’auditabilité des informations lorsque les états financiers reposent davantage sur les jugements et l’approche de la direction. Qu’est-ce que cela signifie pour l’écart par rapport aux attentes et pour ce que les utilisateurs comprennent? Je reconnais qu’il existe des investisseurs mondiaux très avertis qui comprennent ce que signifient les informations fournies par la direction dans les états financiers, mais nous avons aussi des investisseurs qui ne le comprennent pas. C’est donc un aspect qui m’amène à réfléchir ou qui me préoccupe si l’approche de la direction est trop présente ou si l’approche fondée sur les principes devient excessive.
Il y a aussi, comme on l’a mentionné, la surcharge d’information qui pourrait en découler, et la question de savoir si l’information véritablement significative pourrait être obscurcie. Je sais que nous parlons de l’IA et du fait que le nombre de pages pourrait ne plus avoir d’importance, mais tout ce que nous entendons par ailleurs indique qu’il faut encore une personne dans la boucle pour évaluer le résultat. Je ne suis donc pas certaine que la technologie réglera la surcharge d’information.
Katharine Christopoulos :
C’est un très bon point, Anita. Erin, je me tourne vers vous. Vous entendez parler de cet équilibre dans les normes et des défis concrets auxquels les préparateurs sont confrontés. Dans quels cas les changements apportés à l’information financière améliorent-ils réellement votre capacité à exercer votre jugement, et dans quels cas ajoutent-ils de la complexité ou rendent-ils les jugements plus difficiles?
Erin Greenfield :
Tout d’abord, je pense que la cohérence entre les différents référentiels comptables est certainement utile. Je pense que nous étions vraiment engagés dans cette voie jusqu’à il y a peut-être 10 ans. Puis cela a un peu déraillé avec les contrats de location, je suppose. Je pense que c’est très frustrant pour de nombreux investisseurs de voir qu’on a reculé sur le plan de la cohérence entre les différents référentiels, notamment les PCGR américains et les IFRS.
Il existe maintenant une différence très importante dans les états financiers en ce qui concerne les contrats de location, mais pas seulement cela. Le tableau des flux de trésorerie est très différent entre une société appliquant les PCGR américains et certaines sociétés appliquant les IFRS. Et avec IFRS 18, il y aura aussi un état du résultat différent.
Dans ma réponse précédente, j’ai parlé du fait que de plus en plus d’investisseurs obtiennent leur information à partir de ces bases de données, et celles-ci classeront l’information comme elles le souhaitent. Peu importe ce que dit IFRS 18 ou une autre norme, S&P Capital IQ placera les chiffres comme elle le souhaite. Ainsi, même si les IFRS modifient la présentation de l’état du résultat dans le rapport annuel, les investisseurs pourraient ne pas le voir ainsi, parce que les bases de données veilleront à ce que l’information soit présentée de la même manière pour les sociétés américaines, européennes et canadiennes afin d’assurer la cohérence des données.
Je pense donc qu’il serait beaucoup mieux qu’il y ait une coopération continue entre le FASB et l’IASB. Je sais que c’est difficile, compte tenu des ego en jeu. Mais, personnellement, lorsque des divergences apparaissent, je pense que les deux instances devraient s’obliger à réexaminer régulièrement ces questions au fil du temps afin d’essayer de s’entendre sur la façon de retrouver une convergence.
Katharine Christopoulos :
Merci, Erin. Lorsque vous dites que les agrégateurs récupèrent ce qu’ils veulent récupérer, on peut finir par comparer des choses complètement différentes. Les chiffres récupérés peuvent signifier quelque chose de très différent, et pourtant on les présente comme équivalents dans une comparaison. Je ne suis pas certaine que les utilisateurs qui utilisent ces méthodes pour obtenir l’information sachent nécessairement que celle-ci pourrait être incorrecte.
Cela rejoint aussi un peu ce qu’Anita disait au sujet de l’approche de la direction. Je pense que la direction souhaite présenter sa propre vision, et c’est bien, mais c’est difficile. L’IASB travaille beaucoup sur cet enjeu : il faut équilibrer cette capacité avec la cohérence, parce que ces objectifs sont parfois en tension. La direction présentera peut-être sa vision différemment, dans un même secteur ou d’un secteur à l’autre.
Je vais rester avec vous, Erin. L’une des questions sur lesquelles notre Conseil travaille est la façon dont les utilisateurs consomment l’information. La technologie a-t-elle changé – je sais que vous avez mentionné votre façon « à l’ancienne » de lire les états financiers – mais, de façon générale, la technologie a-t-elle changé la façon dont vous consommez l’information?
Erin Greenfield :
Oui. Tout d’abord, tout devient de plus en plus rapide. Le temps requis pour que l’information parvienne aux utilisateurs diminue depuis longtemps. Mais je pense que la grande différence des deux dernières années est l’IA. Encore une fois, je ne suis pas un grand utilisateur de l’IA, mais je sais pertinemment que de très nombreux investisseurs analysent maintenant l’information au moyen de l’IA. Ils ne lisent pas le communiqué de presse; ils en obtiennent un résumé. Ils ne lisent pas les états financiers; ils en obtiennent un résumé. Ils n’écoutent pas la conférence téléphonique; ils en obtiennent un résumé, le tout généré par l’IA.
Je participe à des rencontres avec des équipes de direction, et trois investisseurs dans la salle arrivent avec des documents générés par l’IA, du genre « les 10 principales questions à poser à la direction » selon Perplexity. C’est ainsi que les gens analysent l’information maintenant.
C’est simplement un fait. Je pense donc que les préparateurs doivent savoir à quoi ressemblera leur information une fois qu’elle aura été filtrée par l’IA. C’est, selon moi, le plus grand changement en cours actuellement.
Katharine Christopoulos :
Je reste avec vous un instant, Erin. Par le passé, j’ai toujours entendu dire que l’IA allait changer la fréquence de l’information, que nous n’aurions plus d’information trimestrielle, mais plutôt une information à la demande permettant de consulter plus régulièrement des données. Avez-vous observé une augmentation de l’information régulière? Voyez-vous un besoin, du point de vue des utilisateurs, pour ce type d’information à la demande?
Erin Greenfield :
Je pense que la fréquence de présentation de l’information relève vraiment des autorités de réglementation et aussi des politiciens. On le voit actuellement aux États-Unis avec Donald Trump : il semble vouloir s’engager vers une présentation trimestrielle facultative.
C’est donc une décision politique, que les investisseurs le veuillent ou non. Notre influence est limitée. Vous avez déjà parlé du fait que la présentation semestrielle est permise en Colombie-Britannique pour certaines sociétés.
Une chose sur laquelle les investisseurs et les préparateurs ont du pouvoir, à mon avis, est l’écart entre la fin d’une période et le moment où les chiffres sont publiés. Je pense qu’il y a des pressions pour réduire cet écart. Les États-Unis le font déjà très bien. Par exemple, après le 31 décembre, combien de temps faut-il avant que certaines entreprises publient leurs résultats? Aux États-Unis, la rapidité avec laquelle certaines entreprises publient est impressionnante. J.P. Morgan sort ses résultats en une semaine. Le reste du monde est très en retard. Il est étonnant de voir à quel point certaines entreprises sont lentes. Nous sommes en juin, et certaines entreprises européennes en sont tout juste à la tenue de leur assemblée annuelle et à la publication de leur rapport annuel. À ce stade, qui lit le rapport annuel? Il est beaucoup trop tard.
Il faut donc un effort constant des entreprises pour réduire le temps nécessaire à la publication des rapports financiers. Les entreprises devraient se mettre au défi de raccourcir ce délai année après année. Celles qui y parviendront auront un avantage concurrentiel énorme, car elles ne perdront pas autant de temps avec de l’information périmée. Elles pourront passer à autre chose, gérer l’entreprise, analyser ses activités et prendre des décisions avec une meilleure information.
Cette partie pourrait donc changer. En revanche, je ne vois pas la fréquence de présentation évoluer vers une information continue ou quoi que ce soit de ce genre. Je ne vois aucune pression en ce sens. Je ne vois personne réclamer cela. Mais je pense que l’information pourrait être publiée plus rapidement.
Katharine Christopoulos :
Merci, Erin. Je vais évidemment me tourner vers le préparateur. [rires] Je ne sais pas si vous avez des commentaires sur ce qu’Erin vient de dire, mais la technologie a-t-elle changé la quantité d’information que vous fournissez dans l’information financière? Et peut-être pouvez-vous parler un peu du délai de publication?
Andre Besson :
Je dirais que la technologie nous a permis de respecter les exigences qui ont été ajoutées aux normes au fil du temps. Nous suivons le volume de nos informations à fournir. Les états financiers comptaient auparavant une soixantaine de pages. Ils en comptent maintenant bien plus de 100, et approchent les 200. Désolé! Je parle des états financiers, pas du rapport annuel. Le rapport annuel s’ajoute à cela.
La technologie a certainement contribué à notre capacité de faire cela tout en réduisant nos échéanciers. Nous avons un calendrier relativement raisonnable : nous publions vers la mi ou la fin février, mais nous publions un document entièrement audité – ce n’est pas un communiqué de presse – et les états financiers audités suivent quelques semaines plus tard. Tout est alors terminé, et nous pouvons passer à autre chose.
Je partage donc largement ce qu’Erin a dit : il faut en finir le plus tôt possible afin de pouvoir se concentrer sur l’exercice en cours et tourner la page sur l’exercice précédent.
Une grande partie de ce qu’Erin a dit est aussi pertinente à l’interne. Nous allons vers une information interne plus rapide et mieux alignée – ne plus attendre que nos unités opérationnelles nous transmettent des rapports, mais avoir davantage accès à une information que l’on peut extraire. C’est une réalité vers laquelle nous avançons.
Nous en parlons depuis longtemps, mais je pense que nous commençons vraiment à voir cela se déployer. Une partie dépend toutefois de la bonne infrastructure de systèmes d’information permettant d’extraire dynamiquement l’information des unités d’exploitation, sans dépendre d’une personne qui saisit l’information dans une liasse d’informations, puis d’une autre qui la valide et la transmet au siège social.
Il faut mettre en place tout le processus nécessaire pour rendre possible cette communication d’information en temps réel, mais cela nous permet d’examiner les chiffres avant qu’ils soient définitifs et de discuter de la direction que prennent les résultats plutôt que de constater après coup où ils ont abouti. Je pense que cela devient une réalité à l’interne, mais nous sommes encore loin de l’intégrer à l’environnement de l’information externe.
Katharine Christopoulos :
Il faudra encore un certain temps avant que nous arrivions à une semaine, n’est-ce pas?
Andre Besson :
En effet.
Katharine Christopoulos :
Rika, à mesure que les entités ajoutent de nouveaux domaines d’intérêt dans leurs informations à fournir – et Anita a mentionné cette notion de surcharge d’information – du point de vue de l’IASB, cette surcharge est-elle encore un enjeu à l’ère de l’IA?
Rika Suzuki :
Selon nous, c’est encore un enjeu. Comme on l’a déjà mentionné, les nouvelles technologies aident les investisseurs à consommer l’information plus efficacement. C’est très utile. Mais en même temps, tous les investisseurs et analystes avec lesquels nous échangeons nous disent qu’ils ont besoin d’une information bien structurée et qu’ils ont vraiment besoin de liens entre les informations lorsque celles-ci sont liées ou semblables. Sans cela, même s’ils peuvent rechercher, extraire et comparer l’information, leur travail devient presque un cauchemar. S’il n’y a pas de bon [inaudible] pour l’information, c’est très difficile.
Ce sur quoi nous nous concentrons maintenant est probablement de déterminer quelle information doit être fournie et comment cette information doit l’être dans les états financiers. Nous devons vraiment tenir compte du rapport coûts-avantages lié aux nouvelles informations à fournir. Même si de nombreux utilisateurs nous disent parfois : « Nous avons besoin de cette information », il se peut qu’il s’agisse simplement d’une information souhaitable. Dans ce cas, nous ne pouvons pas exiger des entreprises qu’elles la fournissent. Nous devons comprendre pourquoi les utilisateurs ont besoin de cette information et comment ils comptent l’utiliser. Ce type d’analyse est indispensable pour nous.
Quant à la façon dont cette information doit être fournie, je pense qu’autrefois, nous pensions seulement aux investisseurs qui lisent l’information avec leurs propres yeux [rires]. Mais maintenant, nous devons tenir compte de différents modes de consommation, surtout lorsque les utilisateurs recourent à l’IA ou à de nouvelles technologies. Nous devons comprendre comment les utilisateurs exploitent l’information de manière numérique.
L’un des moyens que nous utilisons est la taxonomie comptable IFRS de l’IFRS Foundation. Nous élaborons et tenons à jour cette taxonomie pour aider les utilisateurs à rechercher, extraire et comparer l’information plus efficacement. Il s’agit d’une orientation pour les entreprises afin qu’elles fournissent de l’information numérique de manière plus efficace et plus cohérente, ce qui améliore beaucoup leur communication.
C’est une chose à laquelle nous réfléchissons. En même temps, lorsque nous avons élaboré IFRS 18 – et Hagit a expliqué notre processus dans la séance précédente – nous avons pensé qu’il fallait peut-être ajouter davantage de structure aux états financiers de base, en particulier à l’état de la performance financière. Mais nous devions aussi créer un espace pour que les entreprises, surtout la direction, puissent présenter leur vision. C’est pourquoi nous avons mis en place une structure assez uniforme dans l’état de la performance financière, tout en introduisant les mesures de performance définies par la direction, qui peuvent faciliter la communication de la direction avec les investisseurs. En même temps, les investisseurs obtiennent une information assez uniforme dans les états eux-mêmes. Voilà où nous en sommes.
Katharine Christopoulos :
Merci, Rika. Oui, j’ai remarqué au cours des dernières années, même seulement des deux dernières, que les travaux de l’IASB sur les informations à fournir présentent davantage d’éléments sous forme tabulaire et structurée. Je comprends que cela facilite l’extraction par les outils de données ou les outils linguistiques.
Anita, comment voyez-vous la technologie influer sur le type d’information que vous exigez des émetteurs assujettis?
Anita Cyr :
Nous voyons les avancées technologiques de plusieurs façons. Pour ce qui est précisément de l’IA, nous voyons des entités qui posent des questions ou qui commencent à l’utiliser dans leurs processus d’information financière. Toute société qui envisage d’adopter l’IA devrait, je pense, consulter l’avis du personnel des Autorités canadiennes en valeurs mobilières sur l’application de la législation en valeurs mobilières à l’utilisation de l’IA dans les marchés financiers. Je pense que cela fournit de bonnes orientations. Un message clé est le suivant : si vous utilisez l’IA dans votre information financière, il faut se rappeler que ce n’est pas la technologie qui est réglementée, mais le résultat.
Si vous utilisez l’IA dans votre processus d’information financière, l’une des questions est la suivante : avec les jugements humains, il existe de la documentation, des données à l’appui, des éléments qui peuvent être audités. L’IA fournit-elle cela? Ce sont les types de questions auxquelles les émetteurs devraient réfléchir, puisqu’ils doivent toujours attester leurs contrôles internes à l’égard de l’information financière ainsi que leurs contrôles et procédures de communication de l’information. L’explicabilité de l’IA demeure donc pertinente.
Un autre domaine que nous observons dans les informations à fournir touche encore une fois un type d’émetteur très courant chez nous. Nous avons beaucoup d’émetteurs émergents, des entreprises à un stade précoce qui ne génèrent pas encore de produits. Elles dépendent donc des levées de capitaux pour financer leurs activités. Pour maintenir l’intérêt des investisseurs, elles peuvent modifier leur modèle d’affaires afin de tirer parti du sentiment public dominant. Et en ce moment, c’est l’IA.
La surenchère autour de l’IA, ou « AI washing » – nous n’avons pas inventé l’expression – est évidemment un sujet sur lequel nous nous concentrons : les déclarations non étayées ou exagérées au sujet de l’utilisation de l’IA par l’entreprise dans ses produits ou services, ou de la façon dont elle s’en sert pour soutenir ses activités.
Cette information promotionnelle devient problématique lorsqu’elle est communiquée dans l’intention d’influencer soit le prix du titre, soit l’intérêt d’un investisseur pour ce titre. Si les déclarations ne sont pas étayées, elles peuvent être fausses ou trompeuses, constituer une présentation inexacte en vertu de la législation en valeurs mobilières, et être interdites. Dans nos examens, la surenchère autour de l’IA est donc un point d’attention. C’est aussi un aspect de nos travaux de politique, notamment pour déterminer si les investisseurs sont bien protégés. Par exemple, en cas de conflits liés à l’information, qui diffuse cette information? Qui la paie? Ce sont des aspects que nous examinons du point de vue des politiques.
Enfin, au sujet de l’IA, et cela vaut plus largement pour la technologie, s’il existe des risques significatifs liés à l’utilisation de l’IA par un émetteur, ces risques doivent être communiqués selon la législation en valeurs mobilières. Ce n’est pas différent pour l’IA. Ces risques devraient être propres à l’entreprise et pas formulés de façon générique. Nous revenons souvent à la surcharge d’information, mais si l’information est précise et significative, elle demeure utile pour les utilisateurs et les investisseurs.
Katharine Christopoulos :
Merci, Anita. Nous arrivons presque à la fin; donc, pour celles et ceux qui ont des questions, vous pouvez vous préparer. Mais je vais revenir à Rika. Au début, Armand a mentionné certaines tensions géopolitiques. Il a beaucoup entendu parler du contexte canadien, et Anita a beaucoup parlé de certains de nos émetteurs émergents. Nous avons aussi un voisin au sud qui a une grande incidence sur nos marchés financiers. L’IASB se concentre sur l’établissement de normes applicables à l’échelle mondiale. Comment les normalisateurs devraient-ils équilibrer le besoin de comparabilité avec les réalités propres à chaque pays?
Rika Suzuki :
Oui. Comme je l’ai mentionné, nous sommes confrontés à une double réalité : une fragmentation des politiques et de la politique, et une intégration continue des marchés financiers. Ceux-ci ont encore besoin d’une information transfrontalière cohérente, fiable et comparable. Cela signifie que l’élaboration de normes mondiales de grande qualité est plus importante que jamais, selon nous.
C’est pourquoi nous continuons d’interagir de façon constructive avec les considérations légitimes des différents pays. Nous poursuivons nos échanges avec nos parties prenantes, en ayant des discussions approfondies sur de nombreux sujets afin de comprendre ce que nous pouvons faire et ce que nous pouvons prendre en considération lors de l’élaboration ou de la modification de nos normes. Ces discussions constituent un processus essentiel dans la normalisation aujourd’hui.
Notre rôle est de maintenir des normes mondiales de grande qualité. Mais nous ne pourrions pas remplir ce rôle important sans travailler avec vous. Je pense que la cohérence de l’information a des conséquences économiques : une allocation plus efficiente des capitaux, une gestion plus précise des risques et, ultimement, des marchés plus stables. Dans cet environnement, l’argument en faveur de normes mondiales et de la comparabilité mondiale est plus fort que jamais. Votre appui est donc vraiment nécessaire pour nous aider à évoluer dans ce contexte difficile.
Katharine Christopoulos :
Merci, Rika. Avant de voir si quelqu’un a des questions – préparez-vous à en poser – [rires], Erin, vous avez mentionné les contrats de location, entre autres, et de la divergence entre les PCGR américains et les IFRS. Je ne sais pas si vous souhaitez ajouter quelque chose, mais cette idée que les normes divergent à l’échelle mondiale a une incidence sur la comparabilité pour vous. Quel message donneriez-vous aux normalisateurs, qu’il s’agisse de l’IASB, du CNC ou d’autres normalisateurs nationaux? Qu’est-ce qui devrait être prioritaire?
Erin Greenfield :
Comme je l’ai dit quand j’ai abordé la question des contrats de location, je pense que c’est probablement la différence la plus importante actuellement. Je ne crois pas qu’il existe des efforts de convergence, mais il serait souhaitable d’en voir à l’avenir, parce que je pense que c’est un véritable problème. Des investisseurs s’en plaignent, et il est difficile pour les gens de comprendre pourquoi il y a une différence. S’il y avait une façon de réunir régulièrement les normalisateurs afin d’avancer vers la convergence, ce serait une excellente chose.
Je reconnais toutefois que c’est difficile. Je reconnais aussi que le fait d’avoir deux normes différentes permet de les comparer et de déterminer laquelle est meilleure, ce qui présente un certain avantage. Si l’on n’a qu’un seul ensemble de normes, il est très difficile de le comparer à autre chose. Mais je pense tout de même que la convergence devrait être un objectif important. La cohérence entre les normes facilite énormément la vie des investisseurs. Je n’ai pas l’impression que l’on s’éloigne vraiment de la convergence, mais il y a quelques domaines de divergence et, malheureusement, sans engagement entre les deux organisations à revenir vers la convergence, ces divergences risquent de s’accentuer, notamment avec l’arrivée d’IFRS 18.
Katharine Christopoulos :
Merci, Erin. Je vais simplement faire une parenthèse sur le projet de l’IASB relatif aux flux de trésorerie. L’un des points que le CNC a mentionnés dans sa lettre de commentaires au sujet des contrats de location était la différence entre les deux référentiels, mais aussi la possibilité de se rapprocher au moyen d’un ajustement potentiel dans le projet sur les flux de trésorerie. Nous avons donc soulevé cette idée, et nous savons qu’elle est prise en considération dans le cadre de ce projet.
Je ne sais pas s’il y a des questions dans la salle.
Moi j’en ai une. Elle est assez longue [rires], et je ne suis pas certaine à qui l’adresser. Comme il n’y a pas de mains levées, je vais la lire.
Avec la SEC des États-Unis qui a récemment proposé de passer de la présentation trimestrielle obligatoire à une présentation semestrielle facultative, parallèlement à d’importants assouplissements des cadres d’information des sociétés ouvertes afin de réduire les coûts de conformité, nous observons une tendance manifeste en faveur de la déréglementation des sociétés. Les membres de la table ronde estiment-ils que cette dynamique ralentira l’ampleur et le rythme de l’établissement de normes IFRS? Plus précisément, est-ce qu’on se dirige vers une période de simplification des normes existantes plutôt que d’ajout de nouvelles exigences?
Erin Greenfield :
Je dirais qu’il serait décevant que ces changements soient adoptés. Je pense que la plupart des investisseurs seraient déçus. Certains pays et territoires ont déjà une présentation semestrielle, mais je pense qu’ils ont des multiples de négociation plus faibles, et les valorisations y sont plus basses. Si c’est ce que les États-Unis cherchent à obtenir, je pense que c’est une erreur. Les investisseurs n’écoutent pas nécessairement chaque conférence téléphonique trimestrielle ou ne lisent pas chaque communiqué trimestriel de chaque entreprise, mais le fait de savoir que cette information a été communiquée et qu’elle est disponible s’ils veulent la lire a une réelle valeur. Je pense donc que ce serait une erreur si les États-Unis empruntaient cette voie. J’espère que nous ne verrons pas de moins en moins d’informations à fournir. Mais encore une fois, c’est en partie politique. Ce n’est pas uniquement la décision de l’autorité de réglementation. Je suis certaine que la SEC ne réclamait pas ce changement avec enthousiasme; il venait plutôt du président et de ses proches.
Katharine Christopoulos :
Je ne sais pas si quelqu’un d’autre de la table ronde veut rebondir sur ces propos.
Andre Besson :
Je peux simplement donner la perspective d’une entreprise qui présente des états financiers intermédiaires sur une base semestrielle, puis des données sur les ventes sur une base trimestrielle, en mars et en septembre. Je pense que c’est une approche très courante en Europe. Les gens s’adaptent à l’absence d’information sur le résultat net et le bilan dans les trimestres intermédiaires de mars et de septembre. Je n’ai observé aucune tendance en faveur d’une présentation trimestrielle complète. En même temps, il serait très difficile pour nous de supprimer au moins l’information intermédiaire sur les ventes, parce que je pense qu’elle constitue un point de repère important pour les investisseurs, et ceux-ci voudraient probablement continuer de la recevoir. Je pense que, dans certains pays et territoires, on considère que la présentation trimestrielle complète entraîne une attention à court terme. C’est peut-être en partie pour cette raison que certains pays ont accepté ce cadre depuis longtemps, sans qu’il y ait davantage de mouvement vers une réduction plus importante de la fréquence de l’information .
Anita Cyr :
J’espère que j’ai le droit de poser une question. Je n’allais pas vraiment commenter. Mais pour revenir au point d’Erin : notre ordonnance générale des autorités de réglementation en valeurs mobilières a introduit une présentation semestrielle facultative pour un sous-ensemble d’émetteurs émergents sous un certain seuil de revenus. Ma question est donc la suivante : même si la présentation est facultative, la pression des investisseurs serait-elle suffisante pour que les sociétés continuent de publier de l’information trimestrielle?
Erin Greenfield :
Je ne sais pas. Aux États-Unis, si le changement est adopté, je pense que ce sera facultatif. C’est ainsi qu’il est rédigé actuellement, et je pense que beaucoup d’entreprises continueront de publier de l’information trimestrielle. Nous verrons. Je ne peux pas prédire l’avenir. Mais une petite société minière de Vancouver est probablement différente d’une grande société américaine à forte capitalisation. Je ne sais donc pas comment tout cela évoluera, mais je pense que beaucoup de grandes sociétés ouvertes liquides continueront de publier de l’information trimestrielle, même si le changement est adopté.
Anita Cyr :
Je suppose que c’est probablement la grande question. Oui, les autorités de réglementation en valeurs mobilières savent très bien que la SEC a publié ces propositions aux fins de commentaires. Nous suivons la situation. Erin, votre point rejoint les données que nous avions : l’écrasante majorité des parties prenantes n’y est pas favorable. Nous ne savons pas nécessairement ce que cela signifie, mais nous surveillons la situation, et nous continuons d’évaluer notre modèle facultatif sur la période où nous l’avons introduit. C’est simplement un développement que nous suivons pour déterminer ce qui a du sens pour nous.
Katharine Christopoulos :
Il y a une question. Merci, Anita, d’avoir répondu à cette question. Je n’ai pas—
Membre de l’auditoire :
En tant que normalisateur, je veux que les gens lisent les états financiers. Ma question s’adresse à Erin. Nous avons discuté avec des personnes qui font les choses « à l’ancienne » comme vous, qui lisent encore les états financiers, et ce qu’elles nous ont dit dans le passé, c’est qu’elles utilisent les agrégateurs de données pour leur présélection. Mais lorsqu’elles prennent une décision d’investissement, elles approfondissent leur recherche et lisent les états financiers. Elles constatent souvent que les agrégateurs se trompent sur beaucoup de choses. J’ai deux questions, en fait : premièrement, constatez-vous que les agrégateurs de données s’améliorent grâce à des initiatives comme celles de l’IASB en matière d’information numérique et de présentation plus structurée des informations à fournir? Deuxièmement, s’ils ne s’améliorent pas, y a-t-il autre chose que les normalisateurs devraient envisager, compte tenu du fait que les investisseurs utilisent ces agrégateurs? Vous passez beaucoup de temps à établir des normes. Andre passe beaucoup de temps à rédiger ces notes. Quand on constate que les gens n’en extraient qu’une fraction au moyen d’un agrégateur de données, c’est frustrant.
Erin Greenfield :
Oui. Ce n’est pas mon domaine d’expertise, mais je pense certainement que cela s’est amélioré avec le temps. Quand je construisais mes modèles il y a 20 ans, je les faisais à partir des états financiers, et parfois je regardais l’agrégateur et je me disais : « Oh, wow, ils se sont complètement trompés! »
Mais je pense que cela s’est beaucoup amélioré, parce qu’une grande partie de l’information est maintenant traçable. Par exemple, si vous double-cliquez sur un chiffre dans Bloomberg, cela vous amène directement au formulaire 10-K ou au rapport annuel, et vous pouvez voir exactement d’où vient le chiffre. Cela crée beaucoup plus de rétroaction vers les agrégateurs : « Vous vous êtes trompés, en voici la preuve », avec une capture d’écran à l’appui. Je pense donc que la situation s’est beaucoup améliorée.
Mais je pense que vous seriez étonnés du peu de personnes qui lisent les états financiers. Vraiment étonnés. J’ai toujours pensé qu’il devrait y avoir davantage d’interaction entre les normalisateurs et ces agrégateurs, ainsi qu’entre les préparateurs et les agrégateurs. Combien de personnes dans une grande entreprise consultent Bloomberg, FactSet et S&P Capital IQ pour voir comment leur information est présentée? Combien de personnes chez les normalisateurs regardent ces agrégateurs pour voir s’ils interprètent les choses correctement et s’ils les classent dans les bons postes? Je ne pense pas que ce genre de programme existe, et cela m’a toujours surpris.
Katharine Christopoulos :
Merci. Y a-t-il d’autres questions? Sinon, il nous reste deux minutes. C’est bon? D’autres questions?
Sur ce, je tiens à remercier toutes les personnes présentes dans la salle et toutes celles qui sont en ligne, et bien sûr nos excellents intervenantes et intervenants. Merci beaucoup. C’était une discussion très enrichissante!