Le 30 octobre 2025, le Conseil des normes d’audit et de certification (CNAC) a animé, en partenariat avec le Conseil des normes internationales d’audit et d’assurance (International Auditing and Assurance Standards Board – IAASB), une table ronde en personne sur la gestion de la qualité par les technologies à Toronto. Les deux organismes ont accueilli les représentants suivants de l’IAASB : Tom Seidenstein (président), Nancy Cheng (membre), Willie Botha (directeur de programme et directeur principal), Angelo Giardina (directeur) et Kevin Reinhardt (membre du personnel).

Cet événement canadien s’inscrit dans la série de séances de consultation organisée par l’IAASB à l’échelle mondiale, qui vise à explorer comment les nouvelles technologies – en particulier l’intelligence artificielle (IA) – sont utilisées dans les missions d’audit et de certification et comment les normes de gestion de la qualité s’appliquent à ces outils.
La table ronde a réuni 25 participants issus de l’écosystème de l’information externe : professionnels en exercice de cabinets de différentes tailles, autorités de réglementation, organisations professionnelles comptables, fournisseurs d’outils et autres utilisateurs du rapport de l’auditeur.
L’IAASB a recueilli de précieux commentaires qui l’aideront à déterminer le soutien supplémentaire qu’il peut fournir aux cabinets et aux professionnels en exercice afin de leur permettre d’appliquer concrètement les principes des normes de gestion de la qualité aux technologies émergentes.
Grâce à sa participation aux initiatives de l’IAASB, le CNAC s’assure que les points de vue canadiens soient entendus et pris en compte, puisque les normes de gestion de la qualité de l’IAASB sont adoptées au Canada à titre de :
- Norme canadienne de gestion de la qualité (NCGQ) 1, Gestion de la qualité par les cabinets qui réalisent des audits ou des examens d’états financiers, ou d’autres missions de certification ou de services connexes;
- Norme canadienne d’audit (NCA) 220, Gestion de la qualité d’un audit d’états financiers.
La présente publication résume les principaux points de vue exprimés durant la séance canadienne, décrit les prochaines étapes que suivra l’IAASB et montre comment vous pouvez contribuer à son orientation future.

Raison d’être des consultations menées par l’IAASB
Les cabinets s’appuient depuis longtemps sur des outils technologiques au fonctionnement transparent et prévisible, qui sont pris en charge par des processus de gestion de la qualité et de certification bien établis. Les technologies émergentes, telles que l’IA générative, l’apprentissage machine et l’automatisation avancée, transforment les missions d’audit et de certification. Plus leur adoption et leur usage sont répandus, plus nous découvrons des occasions d’améliorer la qualité et l’efficience des missions. Or, ces technologies peuvent également présenter de nouveaux défis liés à l’application des normes de gestion de la qualité, en particulier lorsque la logique sous-jacente est difficile à interpréter, lorsque les résultats varient, y compris pour un même intrant, ou lorsque les outils évoluent.
En réponse à ces défis, l’IAASB a lancé un chantier sur la gestion de la qualité par les technologies en juin 2025. Son objectif était de recueillir des renseignements au moyen de consultations menées à l’échelle mondiale sur la façon dont ses normes de gestion de la qualité sont appliquées aux nouvelles technologies, ainsi que de déterminer si du soutien supplémentaire est nécessaire pour favoriser l’uniformité de leur application. Ce chantier est fondé sur la position de l’IAASB à l’égard des technologies, qui réaffirme l’engagement de celui-ci à agir à titre de facilitateur et, s’il y a lieu, à encourager les cabinets et les professionnels en exercice à tirer parti de la technologie dans leurs systèmes de gestion de la qualité et dans leurs missions.
Teneur des commentaires au Canada
Les thèmes soulevés lors de la table ronde canadienne faisaient largement écho aux commentaires recueillis par l’IAASB ailleurs dans le monde. Vous pouvez lire l’intégralité des commentaires recueillis à l’échelle mondiale.
Principaux points à retenir
- La valeur de l’adoption de l’IA réside dans la réalisation d’audits de meilleure qualité.
- La surveillance humaine demeure essentielle. Des compétences comme le jugement, l’esprit critique, la responsabilité, l’encadrement et le mentorat sont de plus en plus importantes pour une utilisation responsable de l’IA.
- Les normes existantes de gestion de la qualité sont adaptées aux besoins, mais des documents ne faisant pas autorité pourraient favoriser leur application uniforme.
- Les indications devraient être modulables et proportionnelles à la taille des cabinets, au taux d’adoption de l’IA et à l’infrastructure technologique.
Thèmes abordés
La table ronde comportait quatre séances, résumées ci-dessous.
Séance 1 : Utilisations actuelle et future de l’IA dans les missions
Les participants ont examiné comment les technologies émergentes sont utilisées dans les missions aujourd’hui et comment ils s’attendent à ce que cette utilisation évolue.
Cas d’utilisation actuelle de l’IA
Les participants ont présenté divers cas d’utilisation actuelle de l’IA, notamment :
- amélioration de la productivité (p. ex., extraction des données de documents, synthèse, comptes rendus de réunions ou rédaction de communications);
- utilisation d’agents conversationnels (p. ex., recherches dans les guides méthodologiques ou les normes);
- nettoyage et transformation des données du client pour en améliorer l’analyse;
- revue des documents du client et des feuilles de travail de l’équipe de mission;
- renforcement de l’évaluation des risques (p. ex., détection d’anomalies ou analyse des états financiers).
Perspectives : L’avenir de l’IA
Les participants ont décrit plusieurs possibilités offertes par l’IA :
- Transformation des processus – Audits en continu, traitement en temps réel des données du client et des données externes pour détecter les problèmes.
- Capacités avancées – Authentification des éléments probants, traitement des données non structurées du client à des fins de corroboration, sondages fondés sur le risque.
- Systèmes autonomes et intégrés – Agents décisionnels autonomes, technologies interconnectées fonctionnant dans un écosystème unifié.
- Supervision et encadrement – Agents intelligents fournissant au personnel des messages et des indications de façon proactive.
- Jugement et évaluation – Capacités d’estimation améliorées servant à apporter au client des renseignements à valeur ajoutée.
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Séance 2 : Application des normes de gestion de la qualité
Les participants ont fait part de leur expérience pratique de l’application des normes de gestion de la qualité aux technologies émergentes.
- La NCGQ 1 comprend une exigence et des indications à l’intention des cabinets utilisant des outils technologiques dans leurs missions. Plus particulièrement, l’alinéa 32 f) exige qu’un cabinet se fixe l’objectif suivant en matière de qualité :
« les ressources technologiques appropriées sont obtenues ou développées, mises en place, maintenues et utilisées pour permettre de faire fonctionner le système de gestion de la qualité du cabinet et de réaliser les missions » [gras ajouté].
Les modalités d’application connexes de la norme fournissent des indications sur ce que le terme « appropriées » signifie dans ce contexte.
- La NCA 220 décrit les responsabilités des associés responsables de mission et des équipes de mission en traitant des ressources affectées à la mission, ce qui inclut les outils technologiques mis à leur disposition par le cabinet (notamment les outils dont l’utilisation est autorisée par le cabinet).
Les normes de gestion de la qualité demeurent adaptées aux besoins
Les principes énoncés dans la NCGQ 1 et la NCA 220 sont adaptés aux besoins et peuvent répondre aux risques découlant des technologies émergentes.
Gestion actuelle des risques liés à l’IA par les cabinets
Les participants ont présenté plusieurs de leurs méthodes pour gérer la qualité lorsqu’ils utilisent des outils d’IA, notamment :
- l’intervention humaine à des moments cruciaux de l’audit;
- l’établissement de processus centralisés de certification pour les outils utilisés au niveau du cabinet;
- la nécessité d’une validation rigoureuse des intrants et des extrants pour les outils utilisés au niveau de la mission;
- l’application de tests fondés sur le risque, ce qui comprend des tests de base pour tous les outils et des tests supplémentaires pour les outils à haut risque;
- la mise en place de limites et de mesures de sauvegarde relatives à l’utilisation des outils d’IA dans les dossiers de mission;
- des formations obligatoires sur l’IA avant que le personnel commence à utiliser ces outils, et de la formation continue à mesure que les outils évoluent.
Des indications favoriseraient l’uniformité d’application
Les participants ont mentionné certains défis face auxquels des indications pourraient être utiles :
- Gouvernance et responsabilité – Comment élaborer de solides cadres de gouvernance en matière de technologies émergentes, y compris lorsque les responsabilités couvrent des réseaux mondiaux, des cabinets locaux et des équipes de mission?
- Intrants et extrants – Comment valider et consigner en dossier les intrants et les extrants des outils d’IA alors que cette technologie manque de transparence?
- Certification et surveillance des outils – Avec l’évolution des outils, à quelle fréquence ceux-ci doivent-ils être testés ou recertifiés? Quels aspects nécessitent une surveillance continue (y compris les contrôles informatiques généraux pertinents)? Quelle devrait être la tolérance au risque?
- Surveillance des outils tiers – Comment évaluer les outils conçus par des fournisseurs, établir des critères de certification et mettre en œuvre des pratiques de surveillance pour gérer les risques liés aux tiers?
- Direction, supervision et revue – Comment démontrer l’efficacité du processus de direction, de supervision et de revue, ainsi que la réalité du jugement professionnel et de l’esprit critique lorsqu’il est question d’IA?
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Séance 3 : Attentes des autres intervenants de l’écosystème de l’information externe
Les participants – qui comptaient principalement des autorités de réglementation, des organisations professionnelles comptables, des fournisseurs d’outils et d’autres utilisateurs du rapport de l’auditeur – ont présenté leurs points de vue sur la façon dont les nouvelles technologies devraient être régies pour maintenir la confiance dans les missions d’audit.
Transparence
- Les participants ont soulevé l’importance d’entretenir une communication ouverte avec les responsables de la gouvernance à propos de l’IA utilisée par l’auditeur et l’entité.
- Ils se sont aussi demandé si la transparence à l’égard des utilisateurs sur l’emploi de l’IA dans le cadre de l’audit pourrait contribuer à renforcer la confiance à court terme, jusqu’à ce que l’utilisation de l’IA devienne plus courante.
Gouvernance
Une gouvernance efficace de l’IA exige de traiter un éventail de risques, dont :
- les risques d’ordre éthique et les risques d’atteinte à la réputation;
- les considérations juridiques et celles liées à la responsabilité;
- l’explicabilité;
- les risques liés à la confidentialité des données et aux tiers.
Documentation
La documentation demeure importante pour :
- démontrer l’exercice du jugement professionnel;
- montrer qu’on a pris en considération les éléments probants contradictoires;
- attester que les résultats peuvent être reproduits.
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Séance 4 : Rôle de l’IAASB
Les participants ont discuté de la manière dont l’IAASB pouvait favoriser au mieux la clarté, la cohérence et l’acceptation des principes de gestion de la qualité dans le cadre de l’adoption de nouvelles technologies par les cabinets et les professionnels en exercice.
Des indications contribueront à appliquer concrètement les principes de gestion de la qualité aux technologies émergentes
Les participants ont convenu que les principes issus des normes de gestion de la qualité demeuraient adaptés aux besoins et pouvaient répondre aux risques liés aux technologies émergentes.
Ils ont recommandé à l’IAASB :
- d’utiliser des documents ne faisant pas autorité sous forme d’indications afin de préciser la façon dont ces normes s’appliquent aux nouvelles technologies utilisées dans les missions;
- de publier des indications courtes et faciles à comprendre pour assurer un soutien rapide.
Des indications modulables et proportionnées
Les participants ont mis de l’avant la nécessité d’indications qui :
- soient modulables et proportionnelles à la taille des cabinets, en étant conscients que les capacités en matière de gouvernance et de technologie varient d’un cabinet à l’autre;
- incluent des exemples pratiques à l’intention des petits et moyens cabinets, sur la façon notamment d’évaluer et de consigner en dossier l’utilisation d’outils et de fournisseurs de services tiers.
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Prochaines étapes
Lors de sa réunion de décembre 2025, l’IAASB a étudié les commentaires recueillis lors de ses consultations menées à l’échelle mondiale et a convenu de continuer à élaborer des documents ne faisant pas autorité.
Lors de sa réunion de mars 2026, l’IAASB discutera d’une proposition de plan d’action concernant l’élaboration de documents ne faisant pas autorité, y compris les thèmes et sujets qu’il serait approprié de traiter, ainsi que la nature, la portée et la date prévue de production de ces documents.
L’objectif de ces documents est de fournir aux cabinets et aux professionnels en exercice des indications et un soutien pratiques. Ces documents ne font pas partie des normes et n’ajouteront pas de nouvelles exigences.
Le CNAC continuera à promouvoir les perspectives canadiennes auprès de l’IAASB et à contribuer activement à l’élaboration de toute indication éventuelle. Restez au fait de cette importante initiative en surveillant la page Web du chantier sur la gestion de la qualité par les technologies qui lui est consacrée.
Une occasion de faire connaître votre point de vue
Dites-nous comment vous appliquez la NCGQ 1 et la NCA 220 aux nouvelles technologies et faites-nous part des défis que vous rencontrez. Vos commentaires nous aideront à comprendre les indications qui vous seraient le plus utiles à mesure que nous continuerons à faire valoir le point de vue canadien à l’IAASB. Pour nous les transmettre, veuillez écrire à Jasmine Saini.